La consultation était chargée, en ce premier jour ouvrable de l'année. Cette jeune patiente, enceinte de 16 SA, nous consulte (moi et mon interne) pour des crampes nocturnes qu'elle qualifie
d'atroces, et qui la laissent, dans la journée, avec des myalgies résiduelles gênantes. Elle a lu sur internet, que les crampes sont fréquentes chez les patientes enceintes et elle demande un
traitement efficace à la jeune interne qui paraît un peu décontenancée. Comment accéder à de l'information pertinente sur ce sujet qui ne lui a pas été enseigné ?
La 1re idée a été de lancer le DReFC et de l'interroger avec le résultat de consultation CRAMPE MUSCULAIRE : le résultat tombe
comme un couperet : aucune recommandation. Une recherche sur CISMeF, en cliquant sur le bouton [Biblio CISMeF] du DReFC, affiche 3 références, dont une suisse, traitant de la prise en charge des crampes idiopathiques des membres inférieurs. On y lit l'ignorance qui est
nôtre de la physiopathologie des crampes (hors quelques étiologies rares), ainsi que quelques suggestions qui ne mangent pas de pain : hydratation, étirements, magnésium per os, sans
omettre le bon vieux traitement par la quinine, et ses effets adverses potentiels pesant lourd dans la balance bénéfices sur risques. Les niveaux de preuve de ces traitements rasent les
pâquerettes qui n'en demandent pas tant...
La patiente a été rassurée sur la bénignité de la pathologie avant de repartir avec des conseils de bonne hydratation, et de quelques exercices d'étirement des gastrocnémiens. La suite de la
recherche documentaire s'est effectuée le soir, à la veillée, une fois la salle d'attente vidée avec succès, à l'issue d'un travail opiniâtre, bien après le lever de la constellation
d'Orion dans le ciel d'hiver !
La 2e idée a été d'interroger le DReFC avec le résultat de consultation GROSSESSE. Parmi la trentaine de recommandations proposées, deux semblent susceptibles de fournir une réponse à la question
posée qui est je le rappelle : « quel traitement proposer à une femme enceinte pour diminuer la fréquence et l'intensité des crampes nocturnes ? » :
- Comment mieux informer les femmes enceintes (HAS - 2005);
un commande-F ou un CTRL-F (selon que l'on travaille avec Mac ou PC) et la frappe du mot crampe, lancent la recherche de ce mot au sein du document. Réponse en page 20, chapitre 8.9 : Les
crampes sont fréquentes lors de la grossesse. La consommation d'aliments riches en magnésium (ils ne sont pas précisés) ou la supplémentation en lactate ou citrate de magnésium peut être efficace
(grade B). S'agissant du niveau de preuve, nous sommes passés des pâquerettes aux roses trémières !
- Suivi de la grossesse. SSMG. 2008. Réponses page 49, dûment référencées : étirements réguliers
des muscles suraux, et en cas d'échec, supplémentation en lactate ou nitrate de magnésium. (alors, nitrate ou citrate en sus du lactate ?) La quinine est, bien évidemment, contre-indiquée en cas
de grossesse.
Ue autre idée a été d'interroger le CRAT dans la partie du site traitant de la prise en charge des
pathologies chez la femme enceinte : hélas, CRAMPES ne fait pas partie des sujets traités. Nous passons donc notre chemin. L'idée était pourtant bonne !
La dernière recherche mise en œuvre le fut sur un site bien connu des lecteurs de ce blogue : TRIP
DATABASE avec une requête de deux mots : CRAMPS PREGNANCY. La 5e référence est une analyse de la Cochrane ! Interventions for legs cramps in pregnancy. Elle date de 10 ans. Et
n'apporte aucune information supplémentaire : les niveaux de preuve sont faibles. la moins mauvaise solution est donc de prescrire, en cas de mauvaise tolérance des crampes, une supplémentation
de lactate ou de citrate de magnésium (pas trace de lactate...). Lire la synthèse Cochrane
En résumé, on étire les muscles, et en cas d'échec on prescrit du magnésium, en sachant le faible niveau de preuve de cette décision,et en attendant patiemment... la
délivrance, quelques semaines plus tard !
La nature, comme disait Pasteur, est le meilleur des médecins, qui guérit 70% des maladies et ne dit jamais du mal de ses confrères !