La cancérologie en secteur libéral : quel avenir –

La cancérologie en secteur libéral : quel avenir

Environ 2/3 de la cancérologie est prise en charge dans le secteur libéral (Rapport ONDPS 2009), ce pourcentage variant, selon les villes, entre 50% et 75%. Paradoxalement, excepté les centres parisiens tels l'Institut Curie ou l'Institut Gustave Roussy, le recrutement des centres anti-cancéreux régionaux est relativement faible. Ils sont concurrencés par les CHU, les CHG et le secteur privé.

L'Institut National du Cancer, (dont le président, le Pr. D. Maraninchi, ancien directeur du Centre Paoli Calmettes à Marseille, vient d'être nommé à l'AFSSAPS), essaie, par différents moyens, de modifier cette répartition en privilégiant fortement les centres anticancéreux à tel point que les CHU s'en inquiètent.

Vis à vis du secteur libéral, les attaques sont fortes, soit dans les mots (« Il y a perte de chance en secteur privé »-Dr C. Bara, Directrice de la qualité des soins à l'INCa), soit à travers des financements spécifiques, soit par des contraintes impossibles à remplir en secteur libéral sans moyens supplémentaires.

Il n'est nullement question de remettre en cause les avancées qu'a apporté l'INCa ces 8 dernières années dans la prise en charge des patients atteints de cancer telle que la mise en place des Réseaux de cancérologie (Le Réseau de cancérologie public-privé ONCO-PO a été mis en place sur le département dès 1996), les Réunions de Concertation Pluri-disciplinaires (RCP) ou les consultations d'annonce par exemple, mais de regretter l'attitude sectaire de cette agence sanitaire allant jusqu'à refuser qu'un médecin du secteur libéral siège dans son conseil d'administration, instance qui s'occupe pourtant de la coordination médicale et de l'organisation des soins en cancérologie.

La politique de l'INCa vis à vis du cancer est unijambiste, hospitalo-centrique, (plus encore CLCC-centrique), comme si le cancer choisissait son camp. Ces huit dernières années, trois tentatives successives ont tenté de diriger la cancérologie vers le secteur public. Certaines sont passées inaperçues :

- Le dépistage du cancer du sein

- Les seuils d'activité en chirurgie

- Le détournement du diagnostic anapath (ACP, Anatomie et Cytologie Pathologiques, Pathologie pour les anglo-saxons) vers le secteur public.

A l'origine, le dépistage du cancer du sein devait être exclusivement réalisé dans les hôpitaux ; Les radiologues libéraux ont su retourner l'affaire à leur avantage.

L'instauration justifiée de seuils d'activité en chirurgie pour chaque spécialité était également destinée à déstabiliser les établissements de soins privés. Ceux-ci ont su se réorganiser rapidement et ces seuils d'activités se sont, parfois, retournés contre certains services hospitaliers.

Par contre, aujourd'hui, l'INCa semble avoir choisi le diagnostic anapath du cancer pour détourner a cancérologie vers le secteur hospitalier et en particulier les CRLCC (si le diagnostic se fait en secteur hospitalier, le patient suivra), ceci par quatre moyens :

1-Recommandations à l'Assurance Maladie de ne pas augmenter les cotations ACP (alors que le plan cancer prévoyait l'inverse et que le secteur public reçoit des financements parallèles sous forme de MIGAC, véritable caisse noire hospitalière),

2-Actes et financement réservés à des plateformes exclusivement hospitalières (Création de 28 plateformes hospitalières de génétique moléculaire contre aucune libérale alors que le rapport Grünfeld recommandait des plates formes mixtes, privées-publiques) ,

3-Double lecture hospitalière obligatoire en anapath pour les tumeurs rares à la place de la consultation de second avis validée par la HAS (Désignation arbitraire de 160 experts, tous hospitaliers pour aucun pathologiste privé). Cette dernière décision, à courte vue a été dénoncée par l'ensemble des associations professionnelles ACP. Elle ne résout aucunement les éventuels faux négatifs, voire les aggravera, et provoquera une dé-responsabilisation et une dé-qualification globale de la profession.

4- Parallèlement, les services hospitaliers d'ACP (CHU, CLCC, CHG) bénéficient depuis de nombreuses années de financements MIGAC pour compenser la sous-cotation des actres d'ACP. Une nomenclature parrallèle (à l'origine réservée aux actes innovants et rares mais appliquée, aujourd'hui, à tous les actes dd'ACP) s'est mise en place. Ainsi, pour un même acte, les cotations hospitalières sont 3 à 10 fois, voire 20 fois, plus importantes qu'en secteur libéral (un acte de 56 € en libéral peut être facturé plus de 700 € à l'hopital). Le pathologiste privé peut-il, dans ces conditions, étant donné la "productivité" qui leur est imposée continuer à exercer son art dans les conditions de qualité et de sécurité indispensable avec des moyens inférieurs ? Dans un courrier adressé à la directrice de la DHOS daté de janvier 21010, le directeur de l'Assurance Maladie, Frédéric van Roekeghem, écrivait : "leur maintien créé également une forte iniquité de traitement en fonction des modes d'exercice et ne respecte pa le code de la sécurité sociale". La Direction Générale de la concurrence, de la Consommation est de la Répression des Fraudes (DGCCRF) a démarré une enquête.

Si la politique du gouvernement, de l'INCa et de l'Assurance Maladie est de détourner la cancérologie du secteur privé vers le secteur hospitalier (2/3 de la cancérologie est réalisée en secteur libéral), ce traitement de choc risque d'être extrêmement efficace. En effet, priver totalement les pathologistes libéraux de moyens techniques et financiers au profit des hôpitaux ne peut qu'assécher rapidement la capacité diagnostique et la compétence des pathologistes exerçant en cabinet de spécialité, donc à terme l'exercice de la cancérologie dans les établissements de soins privés.

Mais ce serait une victoire à la Pyrrhus et l'effet de domino de ces décisions irréfléchies augmentera les dépenses de santé au détriment du soin. Cette re-structuration à la hache ne pourrait qu'aggraver la crise démographique de la profession, aurait un coût exorbitant pour la collectivité étant donné le prix des actes en secteur public, déqualifierait le secteur libéral, déstabiliserait l'ensemble d'une profession dite « irremplaçable » (Plan Cancer 2009-2013) et serait particulièrement déraisonnable étant donné l'incapacité pour les hôpitaux d'absorber le travail supplémentaire qui sera automatiquement multiplié par 4 à 10.

Mais, selon les statistiques du CNOM, en plus de la crise démographique actuelle, beaucoup de jeunes médecins anapath ou d'autres spécialités se détournent de l'exercice libéral pour aller vers le secteur public (CHU, CLCC, CHG). L'intérêt des patients était basé sur un système public-privé, concurrentiel et équilibré, permettant de préserver la qualité de la médecine française. Qu'en sera-t-il demain ?

Dr Michel GUIU- CSMF 66

Googliser et Pubmédiser pour mieux connaître

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1. GOOGLISER
J'ai pris l'habitude, avant une réunion importante impliquant la participation d'une personnalité, avant une formation assurée par un expert renommé, ou lors de la nomination d'un professeur à la direction d'une agence d'état de « googliser son nom » afin de me faire une idée de la personne à laquelle j'aurai affaire, de son parcours professionnel, de ses travaux, de ses activités, voire de ses opinions (par exemple, est-il ou est-elle un(e) « ami(e) » de la médecine générale ?).

Taper, dans la fenêtre de recherche de Google le prénom et le nom de la personne, de préférence entre guillemets pour chercher la chaîne de caractères exacte, est souvent très instructif (et très rapide).
Exemple : nous apprenons que le Pr Dominique Maraninchi est le probable nouveau patron de l'AFSSAPS.
Qui est-il ? d'où vient-il ? Une petite requête Google nous l'apprend assez rapidement ! Voir là

2. PUBMEDISER
Il est également intéressant de connaître les publications de cette personnalité, et c'est la raison pour laquelle je lance fréquemment, sur PubMed, une requête très simple permettant de trouver les publications de la personnalité placée sous les feux de la rampe.

Pour trouver les publications d'un auteur sur PubMed/Medline, rien de plus simple.
Taper la requête suivante : 
nom p[au] pour trouver toutes les publications de M. Prénom Nom
nom p[1au] pour trouver toutes les publications de M. Prénom Nom en 1er auteur.
Ainsi, nous découvrons que le Pr Maraninchi est auteur de 298 publications 
et qu'il est 1er auteur de 25 publications

Bien évidemment, vous l'aurez compris, les informations ainsi recueillies sont loin d'être exhaustives.
Elles donnent simplement, ce n'est leur moindre intérêt, une idée de la personne à laquelle nous aurons affaire. 

Ce petit papier aura également été l'occasion de rappeler comment on peut se procurer la liste des publications d'un médecin, référencées par MedLine.

Amusant, non ? 

Publié dans Non classé

Une jeune fille trop poilue

Le médecin est perplexe, devant cette jeune fille de 19 ans qui consulte pour la 1re fois, sans dossier médical, pour le motif qu'elle se trouve trop poilue et qu'elle voudrait un bilan hormonal d'une part, et un traitement qui lui ôterait toute masculinité d'autre part. Les motifs de la[...]

Une jeune fille trop poilue

Hirsutisme

Le médecin est perplexe, devant cette jeune fille de 19 ans qui consulte pour la 1re fois, sans dossier médical, pour le motif qu'elle se trouve trop poilue et qu'elle voudrait un bilan hormonal d'une part, et un traitement qui lui ôterait toute masculinité d'autre part.

Les motifs de la perplexité du docteur sont nombreux : c'est avec  angoisse qu'il essaie de se se remémorer les étiologies potentielles de l'hirsutisme (l'endocrinologie est une discipline difficile et les connaissances sont éminemment volatiles quand on ne la pratique pas avec assiduité...).  Les questions qu'il se pose sont nombreuses, tandis que la patiente s'impatiente. S'agit-il d'une simple hypertrichose ou d'un hirsutisme. Comment conduire l'interrogatoire pour ne rien laisser passer d'important (les antécédents personnels et familiaux, la prise de médicaments, les règles, le poids, et puis quoi d'autre encore...) ? Comment conduire l'examen clinique ? Quand penser au syndrome des ovaires polykystiques et demander une échographie ? Quel bilan hormonal demander qui ne saigne ni la patiente si l'assurance-maladie ?

Heureusement, nous savons qu'un bon médecin généraliste n'est pas un médecin qui sait tout, mais un médecin qui sait trouver l'information quand il en a besoin et la mettre en adéquation avec le patient qui le consulte. Ni HIRSUTISME ni HYPERTRICHOSE ne sont des résultats de consultation du DRC. Nulle chance que le DReFC soit, par conséquent, d'une quelconque utilité et ne propose la moindre recommandation de pratique.

Pour le lecteur francophone habitué de ce forum, la 1re idée sera donc d'interroger le portail terminologique de CISMeF avec le mot clé HIRSUTISME. Cette simple requête, en moins de 5 secondes, rapportera 12 notices ! Les références [1] et [3] permettront, après une lecture rapide, de répondre à toutes les questions posées.

Pour les lecteurs qui maîtrisent l'anglais et qui souhaiteraient compléter leur recherche documentaire sur le sujet, le site TRIP DATABASE est, comme toujours, LE site à utiliser  avec, bien sûr, le terme HIRSUTISM. La requête rapportera, horreur et abomination, 929 notices ; mais, si l'on restreint la recherche aux données les plus probantes (niveau vert), on ne trouvera plus alors « que » 82 notices.   La première de ces notices nous renvoie vers CKS, le site d'EBM du NHS anglais (excellent site, requérant une inscription préalable, gratuite, pour y consulter les documents).
La conduite à tenir (diagnostique et thérapeutique) est clairement expliquée sur le scenario proposé et répond efficacement aux questions que se posait le médecin au début de cette aventure !

Nus constatons, au fil des épisodes de ce blogue, que les données utiles à la prise de décision en soins primaires sont bien plus fournies en langue anglaise qu'elles ne le sont dans la langue de Molière; nous confirmons l'excellence, pour le médecin, de sites comme Trip Database et CKS qui, pour la quasi totalité des problèmes rencontrés en médecine générale proposent des données utiles à la prise de décision, avec références bibliographiques et niveaux de preuves.

Comme disent nos jeunes confrères : « c'est trop bien ! » ! 

 



 

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